le flux de conscience
Un titre bien étrange.
Il s'agit d'un style d'écriture que j'ai pratiqué récemment en atelier.
Et un exemple :
Partir de l'exemple suivant :
Votre mère est dans son jardin de fleurs, au printemps, tous les matins de 6h à 7h, avant le petit déjeuner.
J’ouvre un œil. Je n'entends rien. La maison est calme. Même le chat n'est pas sur le lit, en train de ronronner.
Où est passée maman ?
La pendule ancienne, celle qui est chez nous, dans notre famille, depuis 150 ans, tinte doucement.
Je compte : « un … deux … trois … quatre … cinq … six … »
Ah oui ! il est 6h. Cela explique le silence, et l'absence de Caty. Elle était au jardin bien sûr avec maman, près des rosiers.
Ils ne sont pas bien en avance ces rosiers cette année. Hubert me l'avait bien dit. Quand nous habitions à Montmorency ils démarraient plus tôt. C'est vrai qu'alors René vivait encore. Elle n’était plus sûre en fait de dire si c'était mieux avant ou si c'était sa présence qui avait influencé la poussée des fleurs.
Cette pensée la faisait rire, toute seule.
Tiens ce rosier grimpant, nous l'avions choisi et acheté ensemble. C'est un Pierre de Ronsard. Ce parfum c'était un peu le même que celui de l'eau de toilette de son mari. Tiens, il me semble que j'en ai vue dans l'armoire, l'autre jour, dans la salle de bain. Il faudrait que je l'offre à Thierry, qui aimait tant son père.
Tout en mâchonnant ses souvenirs, elle avait fini d'inspecter la roseraie, et se dirigeait vers le cabanon.
Cet endroit qu'elle détestait. Car c'était là que Pierre, l'autre fils, avait tenté de mettre fin à ses jours. Ou vit-il maintenant ? Pourquoi ne donne-t-il jamais de ses nouvelles ? D'ailleurs vit-il encore ? Cette fille dont il s'était amouraché, elle n'était vraiment pas faite pour lui.
La porte du cabanon s'ouvrit en grinçant, comme d'habitude.
Il faudrait que je graisse les gonds. Mais elle remettait toujours ce travail, somme toute facile, à plus tard. Le jour où elle y avait été vraiment décidée, elle avait posé la burette à huile quelque part, alors que le téléphone avait sonné, et elle n'avait jamais retrouvé cette burette.
À nouveau cette idée la fit rire.
Je voulais quoi, dans ce cabanon ? Je ne m'en souviens plus. Elle avait constaté que de plus en plus souvent, elle perdait le fil de ses pensées. Ah oui. La bêche ! J'ai besoin de quelques poireaux. Pourvu que le sol ne soit pas trop gelé. René n'aimait pas trop jardiner, mais au moins il était là, pour les travaux qui demandaient de la force. En revanche il ne fallait surtout pas lui laisser un sécateur en main. Soit il se blessait, soit il massacrait les rosiers ou les buddleias, et tout ce qu'il ne fallait surtout pas toucher.
Et elle éclata de rire pour la 3ème fois, avant de rentrer sur la terrasse, où je venais de l'appeler pour prendre le traditionnel petit déjeuner de 7 heures.